Comment la garrigue du Montrodier protège Marguerittes de la chaleur — et ce que le projet photovoltaïque menace.
Une colline boisée n'est pas qu'un paysage : c'est un climatiseur naturel pour le village situé à ses pieds. Le Montrodier, au nord de Marguerittes et 110 m plus haut, produit chaque nuit de l'air frais qui descend vers le bourg. Remplacer sa garrigue par une centrale photovoltaïque, c'est éteindre une partie de cette fraîcheur — au moment même où le climat se réchauffe et où les canicules s'intensifient.
La garrigue et la forêt méditerranéennes évapotranspirent : en rejetant de l'eau, les plantes absorbent de la chaleur (la « chaleur latente »), exactement comme la sueur rafraîchit la peau. C'est la fraîcheur que l'on ressent sous les arbres en plein été. Détruire ≈ 12 ha de couvert supprime cette source de fraîcheur et la remplace par une surface minérale qui, elle, stocke la chaleur le jour et la restitue.
Par nuit claire et calme, le versant végétalisé se refroidit et fabrique une nappe d'air frais qui, plus lourde, glisse par gravité le long de la pente vers le bas. Avec une pente de 9 %, ce drainage d'air froid est bien établi. Marguerittes, en contrebas et dans l'axe de descente, en est le récepteur direct. Ce vent de terre nocturne porte ici un nom : le terral. C'est lui qui, l'été, apporte le répit de la nuit — crucial pour la santé pendant les canicules.
La colline étant au nord, elle se trouve en amont du Mistral (vent dominant de secteur nord) : l'air qui balaie le site arrive ensuite sur le village. Soyons précis : le Mistral, vent fort, brasse l'air et dilue les écarts de température — l'effet thermique propre est alors limité. Mais cette position « en amont » reste structurante, y compris pour d'autres enjeux comme le risque incendie.
Les mesures scientifiques de terrain montrent qu'une centrale solaire reste 3 à 4 °C plus chaude la nuit qu'un milieu naturel voisin : panneaux et sol décapé restituent la chaleur du jour. Installer une telle surface à l'endroit même où naît l'air frais nocturne, c'est altérer cette « source froide » au point d'origine, et donc le flux qui descend vers les habitations.
Un panneau ne transforme qu'environ un cinquième de la lumière reçue en électricité ; le reste — près de 78 % — repart en chaleur. C'est vrai partout : ce n'est pas un défaut propre à ce projet. Le problème, ici, c'est l'endroit où cette chaleur est déversée — un versant qui, couvert de garrigue, rafraîchissait. À partir des seules données de l'étude d'impact VSB :
Sur les 30 ans du bail : environ 315 GWh d'électricité exportée, contre environ 1 050 à 2 100 GWh de chaleur relâchés localement. La centrale ne s'installe pas sur un terrain neutre : elle retourne un climatiseur naturel en radiateur, à l'amont immédiat des habitations et du village.
Nous n'affirmons pas que le village gagnera « plusieurs degrés » : l'effet de chaleur d'une centrale s'atténue très vite avec la distance (il redevient négligeable vers 300 m). À 1 200 m, il n'y a pas de « bouffée de chaleur » directe. L'enjeu réel est différent et plus solide : la perte d'un service de fraîcheur (évapotranspiration) et la dégradation du drainage d'air froid nocturne vers un village situé en contrebas.
Le rapport « 3 à 7 MWh de chaleur pour 1 MWh d'électricité » donné plus haut est exact, mais il compte toute la chaleur : or la garrigue actuelle absorbe elle aussi le soleil et en restitue l'essentiel. Ce qui compte vraiment, c'est la différence entre les deux états — ce que le versant faisait avant, et ce qu'il fera après.
Cette différence, nous l'avons fait calculer. Elle est nettement défavorable : après aménagement, la surface restitue à l'air sensiblement plus de chaleur qu'aujourd'hui, et elle cesse d'en évacuer par l'évaporation de la végétation. Le détail chiffré de ce calcul sera produit devant le tribunal administratif, où il pourra être discuté contradictoirement, méthode à l'appui.
Le panache de chaleur diurne se dilue vite dans l'air : à 150 mètres des panneaux, il ne représente que quelques dixièmes de degré. Les valeurs de + 2 à + 4 °C que l'on trouve dans la littérature scientifique valent au-dessus des panneaux, pas à 150 mètres sous le vent. C'est pourquoi nous ne bâtissons pas notre argumentation sur la chaleur du jour.
L'effet qui pèse réellement sur les riverains est nocturne. L'air frais qui descend chaque nuit d'été de la colline — le terral — ne traversera plus de la garrigue, mais une emprise qui le réchauffe. Les modules restituent la nuit la chaleur accumulée le jour, le sol nu de la coupe rase également, et l'écran des panneaux divise par deux à trois le rayonnement vers le ciel qui permettait le refroidissement. Il arrivera sur les maisons du pied de versant sensiblement plus tiède qu'aujourd'hui — et d'autant plus que la nuit sera calme, c'est-à-dire lors des nuits de canicule, celles où la fraîcheur compte le plus.
Et contrairement au panache du jour, cet effet-là ne se dilue pas avec la distance : l'air suit la pente et arrive intact.
L'étude consacre une seule phrase au climat, page 169 : « Son impact sur le climat sera quant à lui positif, même s'il restera faible à l'échelle globale. » L'autorité environnementale l'avait déjà relevé en mars 2025, en demandant un bilan intégrant la perte de stockage de carbone par les sols et la végétation. La recommandation n'a pas été suivie.
→ Et ce que cette chaleur change pour le risque d'incendie
Le centre du village est à 1 200 m. En revanche, une dizaine d'habitations se trouvent dans le périmètre directement impacté par le projet, dont sept au pied de la colline, à des distances précisément mesurées sur les cartes du recours de ≈ 150, 170, 270, 300, 360, 360 et 405 m de l'emprise. Les deux plus proches (≈ 150-170 m) se trouvent à l'intérieur du rayon où l'îlot de chaleur photovoltaïque est mesurable (le sur-réchauffement nocturne ne redevient négligeable que vers 300 m). Pour ces riverains, l'effet n'est pas théorique :
Deux de ces maisons sont identifiées sur les cartes (DUPREY ≈ 180-200 m, LAURET ≈ 280-330 m). L'étude d'impact ne comporte aucune évaluation de cette atteinte aux habitations riveraines.
Au-delà de la chaleur locale, le projet est vendu « pour le climat » à l'échelle globale. Mais l'étude d'impact ne présente aucun véritable bilan carbone : elle attribue au photovoltaïque « 0 g de CO₂ par kWh » et se contente de revendiquer « 2 650 tonnes de CO₂ évitées par an ». Nous avons refait le calcul complet.
Le Montrodier rend gratuitement au village un service que nul équipement ne remplace : de la fraîcheur, surtout la nuit, surtout l'été. Préserver sa garrigue, c'est préserver le confort thermique et la santé des habitants de Marguerittes face aux canicules à venir.