La colline du Montrodier a désormais son site. Pas une page, pas un dossier joint en bas d’un article : un site entier, à l’adresse maspraden.fr, consacré à cette garrigue que nous avons appris à connaître pierre par pierre et espèce par espèce. Il rassemble ce que nous avons documenté depuis plus d’un an : ce que la colline abrite, ce que le projet de centrale photovoltaïque lui ferait, et ce que l’on pourrait faire d’autre.
Pourquoi un site à part
Sur marguerittes.org, nous suivons le PLU, la densification, les inondations, les finances communales, la sécurité. Le Montrodier y avait sa place, mais il l’occupait mal : le sujet réclame des cartes, des traces GPS, des fiches d’espèces, des extraits d’actes administratifs, des photographies datées. Bref, un espace qui puisse être consulté par un promeneur le dimanche matin comme par un naturaliste, un journaliste ou un service de l’État.
Nous avons donc séparé les deux. Le collectif garde ici sa voix — analyses, actualités, positions. Le Montrodier a désormais son lieu propre, où la connaissance du site est rangée pour durer.
Quatre entrées
Le site s’organise autour de quatre verbes, parce que défendre un lieu commence par le connaître et ne s’arrête pas à s’y opposer.
🥾 Découvrir
Le parcours de randonnée : une boucle de 5,4 km entre le Pic Monnier et le Serre de la Font, carte interactive, trace GPX téléchargeable, 166 points GPS, sept points de passage décrits. On y trouve la capitelle en bord de D135, le belvédère sur la plaine, l’accès à la Combe des Bourguignons et le chemin de la Font des Chiens. S’y ajoutent la carte des espèces et un livret pédagogique pour mettre un nom sur ce que l’on croise.
⚠️ Défendre
La page Sauver le Montrodier expose les sept enjeux, chiffres et sources à l’appui, ainsi que la documentation du dossier. Deux enjeux ont même leur page dédiée, parce qu’ils demandaient de la place : le risque incendie et le rôle climatique de la colline.
🌿 Imaginer
La Maison de la Garrigue : un projet de centre d’étude, d’expertise indépendante et d’éducation à l’environnement. Nous ne voulons pas seulement dire non à quelque chose ; nous proposons ce que cette colline pourrait devenir.
🤝 Se mobiliser
La page des soutiens, la pétition, et le film L’Appel de la Garrigue.
Ce qui est en jeu, en sept points
Le projet porté par la commune de Marguerittes avec VSB énergies nouvelles et TotalEnergies représente une centrale de 7,2 MWc — précisément 11 772 panneaux pour une production annoncée d’environ 10,5 GWh par an. Voici, très brièvement, ce que le site développe.
- Le patrimoine romain. Le tracé inscrit de l’aqueduc de Nîmes (inscrit aux Monuments historiques depuis 1999, notice PA30000026) passe au pied de la colline, à moins de 300 mètres de l’emprise. Sur le versant nord, des murs en pierre sèche d’appareillage massif signalent un établissement rural ancien, absent de l’étude d’impact.
- Les capitelles et la pierre sèche. Le Montrodier est l’un des quartiers majeurs de la concentration de capitelles recensées après l’incendie de 1989 par Raymond Martin et le CHAM. L’art de la construction en pierre sèche est inscrit depuis 2018 au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.
- La biodiversité. Aigle de Bonelli, Circaète Jean-le-Blanc, Lézard ocellé, Proserpine et son aristoloche, Tourterelle des bois : 128 espèces recensées, dont 22 protégées, toutes sources confondues. Un croisement de bases indépendantes — iNaturalist, GBIF, SINP Occitanie — relevés naturalistes citoyens à l’appui.
- L’eau. Sous la colline, le calcaire urgonien est karstifié : l’eau y circule en réseaux invisibles et resurgit en contrebas. La Font des Chiens, attestée au cadastre napoléonien de 1809 et restaurée en 2016, coule encore. Une noria et un puits ancien, près du mas d’Achot, témoignent d’un usage hydraulique antique. Le Montrodier est la tête du bassin versant du village.
- L’« ancienne décharge ». Le projet est présenté comme la valorisation d’un site dégradé. La réalité du terrain est une ancienne carrière calcaire partiellement renaturée, et une décharge sauvage dont la surface est très minoritaire au regard de l’emprise. Le site consacre une page entière à la carrière Michel Mélange.
- Le feu. L’atlas départemental classe ce secteur en aléa feu de forêt « très fort ». L’étude d’impact déclare 8,03 hectares de défrichement ; en y ajoutant la bande de débroussaillement obligatoire de 50 mètres autour de la clôture, ce sont de l’ordre de 11 hectares de garrigue dénudés ou débroussaillés en permanence — soit, selon les densités observées sur ce type de peuplement, entre 8 000 et 13 000 arbres.
- La procédure. L’emprise foncière du projet a fortement augmenté entre la délibération de principe de janvier 2021 et le dossier soumis à enquête publique en 2025. Le site expose ce que les documents officiels permettent d’établir sur ce point, pièces citées.
Ceux qui tournent au-dessus
S’il faut une seule preuve que cette colline n’est pas un terrain vague, ce sont les rapaces. Un rapace ne survole pas un espace vide : il chasse. Sa présence répétée signifie qu’il y a, en dessous, de quoi manger — reptiles, insectes, micromammifères, oiseaux. Autrement dit un écosystème qui fonctionne.
Le Circaète est le plus spectaculaire, mais il n’est pas seul. Le 19 juillet 2026, au petit matin, un Busard cendré passait en chasse au ras des pins — une espèce elle aussi protégée et inscrite à l’annexe I, classée quasi menacée en France. L’étude d’impact du promoteur l’a d’ailleurs notée elle-même, en chasse au nord du site.
À ces deux-là s’ajoutent, documentés sur la colline ou dans son voisinage immédiat : l’Aigle de Bonelli, l’un des rapaces les plus menacés de France, dont le domaine vital recouvre le secteur ; le Faucon crécerelle et la Buse variable, réguliers au-dessus des pentes ; la Bondrée apivore et l’Épervier d’Europe ; le Milan noir de passage. Six espèces inscrites à l’annexe I de la directive « Oiseaux » ont été relevées sur ce site — le niveau de protection le plus élevé du droit européen pour les oiseaux.
C’est aussi pour cela que nous n’indiquons jamais de localisation précise pour les espèces sensibles. Documenter une présence sert à protéger un lieu ; publier une adresse exposerait l’oiseau. Les données précises partent aux organismes compétents — le Collectif ornithologique du Gard, le SINP Occitanie, la LPO — et à eux seuls.
Notre méthode, et ses limites
Un mot sur la manière de travailler, puisque c’est ce qui donne du poids au reste. Nous ne publions que ce que nous pouvons montrer. Les chiffres du projet sont ceux du dossier du pétitionnaire, avec l’indication de la page. Les observations naturalistes sont géolocalisées, horodatées et versées sur des plateformes publiques où d’autres peuvent les vérifier — et les contester. Les actes administratifs sont cités par leur numéro et leur date.
Cela nous impose aussi de corriger nos propres erreurs quand nous en trouvons, et nous en avons corrigé. C’est le prix d’un dossier qui doit tenir devant un tribunal : mieux vaut rectifier un chiffre soi-même que de le voir retourné contre nous.
Pour la même raison, le site ne dit pas tout. Une procédure contentieuse est en cours devant le tribunal administratif de Nîmes contre la délibération du 3 septembre 2025. Le détail des moyens juridiques et des analyses techniques les plus récentes sera produit devant le juge, dans le cadre du débat contradictoire — pas sur une page web. Ce que nous publions, ce sont les faits que chacun peut vérifier dans le dossier public.
Le site en une adresse
Consultation libre, sans inscription. Les pages sont mises à jour au fil du dossier.
Comment nous aider
- Aller sur la colline. C’est le plus utile, et le plus agréable. La trace GPX est en ligne, la boucle se fait en moins de deux heures.
- Signer la pétition « La garrigue, notre patrimoine collectif » — plusieurs milliers de signatures déjà réunies.
- Suivre l’actualité en direct sur la chaîne WhatsApp du Montrodier : balades, points d’étape, mobilisations.
- Partager le site. Une adresse simple circule mieux qu’un fichier PDF de trois cents pages.
- Nous rejoindre. Le collectif travaille avec la FACEN, le GNSA, Eau Secours 30, la SPN et les Sentinelles des Garrigues. Adhérer nous donne les moyens de continuer — les expertises et les procédures ont un coût.
- Nous signaler ce que vous voyez. Une capitelle non recensée, un rapace, un écoulement d’eau après un orage, une photo ancienne de la colline : ces contributions d’habitants ont déjà fait entrer des éléments décisifs dans le dossier.
Deux mille ans, et après
Des Romains qui ont taillé le calcaire pour l’aqueduc jusqu’aux coureurs des Foulées Marguerittoises, cette colline n’a jamais cessé d’être fréquentée, travaillée, habitée. Elle a brûlé, elle a repoussé, elle a nourri des troupeaux et abrité des bergers. Elle produit encore aujourd’hui, gratuitement, de l’eau, de la fraîcheur nocturne et un cortège d’espèces que peu de communes peuvent revendiquer à dix minutes de leur mairie.
Nous ne sommes pas opposés au solaire. Nous soutenons qu’il a sa place sur les toitures et les parkings déjà bâtis de la commune — il y en a des dizaines d’hectares à moins de deux kilomètres — et non sur une garrigue en tête du bassin versant du village, au pied d’un monument historique inscrit, dans un secteur classé en aléa incendie très fort.
Le site est là pour que chacun puisse en juger sur pièces.
Comité du Mas Praden — association loi 1901, RNA W302020030. Site citoyen indépendant, sans lien avec la mairie ni avec aucune campagne électorale. Contact : [email protected]
Photographies : Comité du Mas Praden, prises sur la colline du Montrodier.