La colline du Montrodier a désormais son site. Pas une page, pas un dossier joint en bas d’un article : un site entier, à l’adresse maspraden.fr, consacré à cette garrigue que nous avons appris à connaître pierre par pierre et espèce par espèce. Il rassemble ce que nous avons documenté depuis plus d’un an : ce que la colline abrite, ce que le projet de centrale photovoltaïque lui ferait, et ce que l’on pourrait faire d’autre.

Panorama depuis les hauteurs du Montrodier : garrigue fleurie au premier plan, pinède et plaine de Marguerittes au loin
Depuis le plateau du Montrodier, la plaine du Vistre s’ouvre au loin. Le point haut du circuit est à 166 mètres. — Photo Comité du Mas Praden

Pourquoi un site à part

Sur marguerittes.org, nous suivons le PLU, la densification, les inondations, les finances communales, la sécurité. Le Montrodier y avait sa place, mais il l’occupait mal : le sujet réclame des cartes, des traces GPS, des fiches d’espèces, des extraits d’actes administratifs, des photographies datées. Bref, un espace qui puisse être consulté par un promeneur le dimanche matin comme par un naturaliste, un journaliste ou un service de l’État.

Nous avons donc séparé les deux. Le collectif garde ici sa voix — analyses, actualités, positions. Le Montrodier a désormais son lieu propre, où la connaissance du site est rangée pour durer.

Quatre entrées

Le site s’organise autour de quatre verbes, parce que défendre un lieu commence par le connaître et ne s’arrête pas à s’y opposer.

🥾 Découvrir

Le parcours de randonnée : une boucle de 5,4 km entre le Pic Monnier et le Serre de la Font, carte interactive, trace GPX téléchargeable, 166 points GPS, sept points de passage décrits. On y trouve la capitelle en bord de D135, le belvédère sur la plaine, l’accès à la Combe des Bourguignons et le chemin de la Font des Chiens. S’y ajoutent la carte des espèces et un livret pédagogique pour mettre un nom sur ce que l’on croise.

Capitelle en pierres sèches restaurée, voûtée en encorbellement, sur les coteaux du Montrodier
La capitelle du Montrodier, en bordure de la D135, à quelques mètres du parking de départ. Voûtée en encorbellement, sans mortier. L’art de la construction en pierre sèche est inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2018.

⚠️ Défendre

La page Sauver le Montrodier expose les sept enjeux, chiffres et sources à l’appui, ainsi que la documentation du dossier. Deux enjeux ont même leur page dédiée, parce qu’ils demandaient de la place : le risque incendie et le rôle climatique de la colline.

🌿 Imaginer

La Maison de la Garrigue : un projet de centre d’étude, d’expertise indépendante et d’éducation à l’environnement. Nous ne voulons pas seulement dire non à quelque chose ; nous proposons ce que cette colline pourrait devenir.

🤝 Se mobiliser

La page des soutiens, la pétition, et le film L’Appel de la Garrigue.

Ce qui est en jeu, en sept points

Le projet porté par la commune de Marguerittes avec VSB énergies nouvelles et TotalEnergies représente une centrale de 7,2 MWc — précisément 11 772 panneaux pour une production annoncée d’environ 10,5 GWh par an. Voici, très brièvement, ce que le site développe.

  1. Le patrimoine romain. Le tracé inscrit de l’aqueduc de Nîmes (inscrit aux Monuments historiques depuis 1999, notice PA30000026) passe au pied de la colline, à moins de 300 mètres de l’emprise. Sur le versant nord, des murs en pierre sèche d’appareillage massif signalent un établissement rural ancien, absent de l’étude d’impact.
  2. Les capitelles et la pierre sèche. Le Montrodier est l’un des quartiers majeurs de la concentration de capitelles recensées après l’incendie de 1989 par Raymond Martin et le CHAM. L’art de la construction en pierre sèche est inscrit depuis 2018 au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.
  3. La biodiversité. Aigle de Bonelli, Circaète Jean-le-Blanc, Lézard ocellé, Proserpine et son aristoloche, Tourterelle des bois : 128 espèces recensées, dont 22 protégées, toutes sources confondues. Un croisement de bases indépendantes — iNaturalist, GBIF, SINP Occitanie — relevés naturalistes citoyens à l’appui.
Proserpine (Zerynthia rumina), papillon protégé, ailes ouvertes dans la garrigue du Montrodier
La Proserpine (Zerynthia rumina), photographiée sur la colline. Sa chenille ne mange qu’une seule plante : l’aristoloche pistoloche. Détruire l’une fait disparaître l’autre. Espèce protégée par l’arrêté ministériel du 23 avril 2007, qui interdit aussi la destruction de ses milieux particuliers.
  1. L’eau. Sous la colline, le calcaire urgonien est karstifié : l’eau y circule en réseaux invisibles et resurgit en contrebas. La Font des Chiens, attestée au cadastre napoléonien de 1809 et restaurée en 2016, coule encore. Une noria et un puits ancien, près du mas d’Achot, témoignent d’un usage hydraulique antique. Le Montrodier est la tête du bassin versant du village.
  2. L’« ancienne décharge ». Le projet est présenté comme la valorisation d’un site dégradé. La réalité du terrain est une ancienne carrière calcaire partiellement renaturée, et une décharge sauvage dont la surface est très minoritaire au regard de l’emprise. Le site consacre une page entière à la carrière Michel Mélange.
  3. Le feu. L’atlas départemental classe ce secteur en aléa feu de forêt « très fort ». L’étude d’impact déclare 8,03 hectares de défrichement ; en y ajoutant la bande de débroussaillement obligatoire de 50 mètres autour de la clôture, ce sont de l’ordre de 11 hectares de garrigue dénudés ou débroussaillés en permanence — soit, selon les densités observées sur ce type de peuplement, entre 8 000 et 13 000 arbres.
  4. La procédure. L’emprise foncière du projet a fortement augmenté entre la délibération de principe de janvier 2021 et le dossier soumis à enquête publique en 2025. Le site expose ce que les documents officiels permettent d’établir sur ce point, pièces citées.
Schéma comparatif : avec la forêt, l'air frais nocturne descend du Montrodier vers Marguerittes ; après déboisement et pose des panneaux, l'air arrivant sur le village est chaud et sec
Une colline boisée est un climatiseur naturel. Chaque nuit d’été, le versant se refroidit et l’air frais — le terral — descend la pente vers le village, situé 110 mètres plus bas. C’est gratuit, c’est quotidien, et cela compte pendant les canicules. À lire sur la page Climat & fraîcheur.

Ceux qui tournent au-dessus

S’il faut une seule preuve que cette colline n’est pas un terrain vague, ce sont les rapaces. Un rapace ne survole pas un espace vide : il chasse. Sa présence répétée signifie qu’il y a, en dessous, de quoi manger — reptiles, insectes, micromammifères, oiseaux. Autrement dit un écosystème qui fonctionne.

Circaète Jean-le-Blanc en vol au-dessus de la colline du Montrodier, ailes largement déployées
Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus) au-dessus de la colline, 3 mai 2026. Un aigle de 1,80 m d’envergure, migrateur, qui se nourrit presque exclusivement de reptiles : la garrigue est son garde-manger. Espèce protégée, inscrite à l’annexe I de la directive « Oiseaux ». L’identification et le comportement de chasse ont été confirmés sans réserve par le directeur du Collectif ornithologique du Gard, et la donnée versée au SINP Occitanie.

Le Circaète est le plus spectaculaire, mais il n’est pas seul. Le 19 juillet 2026, au petit matin, un Busard cendré passait en chasse au ras des pins — une espèce elle aussi protégée et inscrite à l’annexe I, classée quasi menacée en France. L’étude d’impact du promoteur l’a d’ailleurs notée elle-même, en chasse au nord du site.

Busard cendré en vol bas au-dessus des pins de la colline du Montrodier
Busard cendré (Circus pygargus) en chasse au ras de la pinède, 19 juillet 2026, vers 8 h 30. Le vol bas et souple, en rase-mottes, est sa manière de surprendre ses proies dans la végétation basse — précisément le milieu que le projet supprimerait.

À ces deux-là s’ajoutent, documentés sur la colline ou dans son voisinage immédiat : l’Aigle de Bonelli, l’un des rapaces les plus menacés de France, dont le domaine vital recouvre le secteur ; le Faucon crécerelle et la Buse variable, réguliers au-dessus des pentes ; la Bondrée apivore et l’Épervier d’Europe ; le Milan noir de passage. Six espèces inscrites à l’annexe I de la directive « Oiseaux » ont été relevées sur ce site — le niveau de protection le plus élevé du droit européen pour les oiseaux.

Circaète Jean-le-Blanc planant au-dessus de la garrigue du Montrodier, queue déployée
Le même oiseau, quelques minutes plus tôt. Ces photographies ont été prises depuis les chemins de la colline, avec un téléobjectif, sans approche des zones de nidification.

C’est aussi pour cela que nous n’indiquons jamais de localisation précise pour les espèces sensibles. Documenter une présence sert à protéger un lieu ; publier une adresse exposerait l’oiseau. Les données précises partent aux organismes compétents — le Collectif ornithologique du Gard, le SINP Occitanie, la LPO — et à eux seuls.

Notre méthode, et ses limites

Un mot sur la manière de travailler, puisque c’est ce qui donne du poids au reste. Nous ne publions que ce que nous pouvons montrer. Les chiffres du projet sont ceux du dossier du pétitionnaire, avec l’indication de la page. Les observations naturalistes sont géolocalisées, horodatées et versées sur des plateformes publiques où d’autres peuvent les vérifier — et les contester. Les actes administratifs sont cités par leur numéro et leur date.

Cela nous impose aussi de corriger nos propres erreurs quand nous en trouvons, et nous en avons corrigé. C’est le prix d’un dossier qui doit tenir devant un tribunal : mieux vaut rectifier un chiffre soi-même que de le voir retourné contre nous.

Pour la même raison, le site ne dit pas tout. Une procédure contentieuse est en cours devant le tribunal administratif de Nîmes contre la délibération du 3 septembre 2025. Le détail des moyens juridiques et des analyses techniques les plus récentes sera produit devant le juge, dans le cadre du débat contradictoire — pas sur une page web. Ce que nous publions, ce sont les faits que chacun peut vérifier dans le dossier public.

Le site en une adresse

👉 www.maspraden.fr

Consultation libre, sans inscription. Les pages sont mises à jour au fil du dossier.

Comment nous aider

Groupe de marcheurs rassemblé au belvédère du Montrodier, contemplant la plaine de Marguerittes
Halte au belvédère, lors d’une des balades collectives organisées sur la colline. Un lieu que l’on connaît se défend mieux qu’un lieu dont on parle.

Deux mille ans, et après

Garrigue typique du Montrodier au printemps : aphyllanthes bleues, ciste cotonneux rose et pins d'Alep
Garrigue du Montrodier au printemps : aphyllanthes de Montpellier, cistes cotonneux et pins d’Alep. Ce n’est pas un « espace vide » — c’est l’un des écosystèmes les plus riches de Méditerranée.

Des Romains qui ont taillé le calcaire pour l’aqueduc jusqu’aux coureurs des Foulées Marguerittoises, cette colline n’a jamais cessé d’être fréquentée, travaillée, habitée. Elle a brûlé, elle a repoussé, elle a nourri des troupeaux et abrité des bergers. Elle produit encore aujourd’hui, gratuitement, de l’eau, de la fraîcheur nocturne et un cortège d’espèces que peu de communes peuvent revendiquer à dix minutes de leur mairie.

Nous ne sommes pas opposés au solaire. Nous soutenons qu’il a sa place sur les toitures et les parkings déjà bâtis de la commune — il y en a des dizaines d’hectares à moins de deux kilomètres — et non sur une garrigue en tête du bassin versant du village, au pied d’un monument historique inscrit, dans un secteur classé en aléa incendie très fort.

Le site est là pour que chacun puisse en juger sur pièces.


Comité du Mas Praden — association loi 1901, RNA W302020030. Site citoyen indépendant, sans lien avec la mairie ni avec aucune campagne électorale. Contact : [email protected]
Photographies : Comité du Mas Praden, prises sur la colline du Montrodier.