Marguerittes (Gard)
2 000 ans de patrimoine, près de 13 hectares de garrigue (centrale clôturée + OLD réglementaires), des dizaines d'espèces protégées — face à un projet de centrale photovoltaïque industrielle.
La municipalité de Marguerittes, en partenariat avec VSB énergies nouvelles et TotalEnergies, porte un projet de centrale photovoltaïque industrielle sur la colline du Montrodier. Au pied du tracé inscrit de l'aqueduc romain de Nîmes. Sur les habitats du Circaète, de l'Aigle de Bonelli, du Lézard ocellé. Sur des capitelles inscrites au Patrimoine immatériel de l'humanité. Sur les sources qui alimentent encore aujourd'hui le quartier de Polensargues.
Maître d'ouvrage du foncier : Commune de Marguerittes — délibérations du conseil municipal du 30 janvier 2021 (principe) puis du 3 septembre 2025 (mise en compatibilité du PLU).
Opérateurs industriels : VSB énergies nouvelles (développeur, étude d'impact via le bureau Altifaune) en partenariat avec TotalEnergies (rachat de la production électrique / co-investissement annoncé).
Le chiffre de 8,7 ha historiquement communiqué correspond à l'emprise foncière des parcelles. L'étude d'impact VSB (Altifaune 2024, Tableau 63) déclare officiellement 56 847 m² de surface clôturée (5,69 ha) et un linéaire de clôture de 1 194 m.
La réglementation incendie (art. L. 134-6 du Code forestier) impose une Obligation Légale de Débroussaillement (OLD) sur 50 m autour de l'installation : 1 194 m × 50 m + coins = ≈ 6,8 ha, dont il faut retrancher la part déjà défrichée à débroussailler et entretenir à vie. VSB le mentionne explicitement (« Dispositif anti-incendie : OLD 50 m, bande coupe rase 24 m »).
Bilan réel pour le vivant : ≈ 11 hectares de garrigue méditerranéenne détruits ou dégradés en permanence (fourchette défendable 10,7 à 12,4 ha) — soit une emprise effective près de deux fois supérieure à la centrale annoncée.
+ 77 % d'extension du projet entre 2021 (5 ha autorisés) et 2025 (8,73 ha de parcelles). À 294 m seulement de l'aqueduc romain inscrit. Le Montrodier vaut mieux que cela. Et la loi est de notre côté.
La colline du Montrodier, perchée au-dessus de Marguerittes, forme avec la Combe des Bourguignons, le Pic Monier et le mas d'Achot un même ensemble de garrigue ouverte, ininterrompu, où l'homme a vécu et travaillé depuis l'Antiquité. Romains, paysans médiévaux, bergers, chasseurs, gardiens des sources — chacun y a laissé sa trace dans la pierre sèche, les sentiers et les murets.
Aujourd'hui encore, ce paysage est habité — par la faune (Aigle de Bonelli, Circaète, Lézard ocellé), par le vivant végétal méditerranéen (chênes verts, pins d'Alep, romarin, thym), par les promeneurs qui suivent le balisage jaune au cœur de la colline. Et par notre mémoire.
Le projet de centrale solaire industrielle prévoit d'effacer tout cela : 5,69 ha clôturés selon les chiffres officiels de VSB (Tableau 63 de l'étude d'impact), auxquels s'ajoutent 8,03 ha de défrichement déclaré et la couronne d'obligations de débroussaillement de 50 m — soit ≈ 11 ha de garrigue méditerranéenne réellement détruits ou dégradés (fourchette 10,7 à 12,4 ha). Cette page raconte ce qui est en jeu — et pourquoi nous le défendons.
Le tracé enterré de l'aqueduc romain de Nîmes (Ier siècle ap. J.-C., inscrit au titre des Monuments historiques depuis le 30 avril 1999 — notice PA30000026) passe au pied du Montrodier. C'est cet édifice qui, sur 50 kilomètres et avec une pente moyenne de 24 cm par kilomètre, traverse encore aujourd'hui le pont du Gard pour relier Uzès à Nîmes.
À Marguerittes, six parcelles cadastrées en section BD (BD 196, 360, 442, 449, 622, 951) ont été nommément inscrites comme « parcelles traversées ou bordées par le tracé » de l'aqueduc. Le projet de centrale solaire repose sur cinq parcelles en section BD, à moins de 500 m de ces parcelles inscrites — déclenchant automatiquement la protection des abords (art. L. 621-30 du Code du patrimoine).
Sur le versant Nord du Montrodier, à quelques mètres seulement de la limite du chantier projeté, des murs en pierre sèche d'appareillage massif témoignent de la présence d'un ancien établissement rural — un mas antique probable, jamais répertorié dans l'étude d'impact. Une carrière romaine vraisemblable (le calcaire de Montrodier a fourni la pierre à l'aqueduc) dort dans le sous-sol.
Cette recommandation officielle a été ignorée par le porteur du projet. Aucune saisine de la DRAC, aucun diagnostic d'archéologie préventive, aucune évaluation des fouilles éventuelles n'ont été produits. Sous le sol du Montrodier, deux mille ans d'histoire risquent de basculer dans un terrassement express de chantier.
Le 2 août 1989, un incendie ravage plus de 1 000 hectares de garrigue marguerittoise. Dans les semaines qui suivent, des dizaines de capitelles — petites cabanes circulaires en pierre sèche que les paysans (les rachalans) utilisaient pour s'abriter, garder le bétail, ranger outils et récoltes — réapparaissent au grand jour, jusqu'alors masquées par la végétation. Plus de cent capitelles sont recensées par Raymond Martin et le Club d'Histoire et d'Archéologie de Marguerittes (CHAM).
Le Montrodier figure parmi les quartiers majeurs de cette concentration, avec la Ponche, la Garne, Trahusse et Valloubine. La Combe des Bourguignons — qui touche directement la colline — abrite une capitelle remarquable qui couvre une source. Le chemin de randonnée qui traverse aujourd'hui la zone du projet est bordé par un muret de pierres sèches calcaires — VSB elle-même le mentionne dans son étude d'impact (page 85), et reconnaît un impact « permanent, négatif, modéré » (page 168).
L'art de la construction en pierre sèche est inscrit depuis 2018 au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO. Les capitelles, clapas et murets du Montrodier sont les témoins concrets de ce savoir-faire millénaire. Les détruire pour quelques années d'électricité solaire industrielle relève d'une logique à l'envers.
La garrigue n'est pas un « espace vide ». C'est l'un des écosystèmes méditerranéens les plus riches, accueillant une biodiversité spécialisée et fragile. Sur le Montrodier vivent — observations multisources iNaturalist, GBIF, terrain, étude d'impact :
En danger critique d'extinction
Le projet est situé dans le domaine vital de ce rapace, inscrit à l'annexe I de la directive Oiseaux. À peine 40 couples reproducteurs en France.
Espèce protégée — annexe I directive Oiseaux
Observation probante du 3 mai 2026 sur le site (rapport documenté par le collectif). Signalement officiel transmis au COGARD et à la LPO.
Espèce protégée — annexe I directive Oiseaux — quasi-menacé
Observé le 19 juillet 2026 en chasse au-dessus de la colline. Ce rapace niche au sol, dans la garrigue basse — précisément l'habitat que le projet détruit. 6ᵉ espèce de l'annexe I recensée sur le site.
Reptile protégé, quasi-menacé
Le plus grand lézard d'Europe, attaché aux murets de pierre sèche et aux clapas. Présence avérée — toujours sur le site malgré l'étude d'impact qui le minimise.
Vulnérable — déclin spectaculaire en Europe
Présente en saison de reproduction sur les boisements voisins. Des dizaines d'autres espèces (chiroptères, fauvettes, orthoptères, lépidoptères, flore patrimoniale) sont également documentées.
Ce matin-là, vers 8 h 30, un Busard cendré (Circus pygargus) mâle a été photographié en vol de chasse au ras de la garrigue, au-dessus du Montrodier. Une espèce strictement protégée (arrêté du 29 octobre 2009), inscrite à l'annexe I de la directive européenne « Oiseaux » et classée quasi-menacée sur la Liste rouge des oiseaux nicheurs de France. C'est la sixième espèce de l'annexe I documentée sur le site — et cette observation, en pleine période de reproduction, trahit un territoire de chasse et probablement de nidification dans l'emprise même du projet.



Le projet est situé au cœur d'un faisceau de zonages écologiques : ZICO Gorges du Gardon, réserve de biosphère, continuités écologiques de la Trame Verte et Bleue, espaces boisés classés (EBC) — qui seront tous, ou en partie, déclassés par la procédure communale.
Sous le Montrodier, le calcaire urgonien est karstifié : l'eau y circule en réseaux invisibles, suit des cheminements parfois imprévisibles, et resurgit au pied des collines en sources fraîches. La Font des Chiens, source communale en contrebas de Polensargues, est attestée par le cadastre napoléonien de 1809. Elle a été restaurée en 2016 par le CHAM, la Diane Marguerittoise et l'Office Municipal Patrimoine. Une noria et un puits romain, à proximité du mas d'Achot, témoignent d'un usage hydraulique antique de la colline.
L'imperméabilisation et la modification de surface sur près de 13 hectares en amont — 5,69 ha de centrale clôturée selon le Tableau 63 de l'étude d'impact VSB, auxquels s'ajoutent ~7 ha d'OLD 50 m réglementaires (1 194 m de clôture × 50 m), avec fondations des panneaux, pistes internes, compactage du sol, bande de coupe à blanc de 24 m et débroussaillement alvéolaire au-delà — modifie l'ensemble du régime hydrique karstique local. Ce que l'étude d'impact se contente de traiter par 19 sous-bassins versants théoriques. Les sources de Polensargues, le captage de Peyrouse en aval, la nappe karstique elle-même, sont en jeu.
La mairie justifie le projet par la « valorisation d'une ancienne décharge ». Or, après recherche dans toutes les bases officielles disponibles — registre ICPE de la Préfecture, BASOL, BASIAS, InfoTerre BRGM, et les 97 délibérations municipales archivées entre 2005 et 2024 :
L'argument de la « valorisation d'un site dégradé » s'effondre. Si vraiment il s'agissait de reconvertir une décharge, le projet ferait 1 hectare — pas 5,69 ha clôturés ni ≈ 11 ha avec les OLD.
L'atlas DFCI du Gard classe le secteur en aléa feu de forêt « très fort ». Implanter une centrale photovoltaïque industrielle — multipliant les sources d'inflammation (arcs électriques, défauts d'isolation, batteries, postes de transformation) — dans une garrigue à aléa très fort, alors que 8 000 à 12 000 arbres seront abattus pour respecter l'obligation légale de débroussaillement, relève d'un paradoxe administratif.
Le rapport de référence de l'État (ONF-DFCI / Ineris, 2023) l'établit : un parc photovoltaïque n'arrête pas un feu de massif, en génère souvent lui-même, devient une zone d'exclusion pour les pompiers — et met en danger la dizaine de maisons au pied de la colline. La vidéo, l'audio et les documents sont réunis sur une page dédiée.
À cela s'ajoute l'effet thermique propre aux centrales photovoltaïques au sol : les panneaux noirs absorbent l'énergie solaire et la restituent en chaleur sensible, là où la garrigue la dissipait en évapotranspiration. Des mesures de terrain (revue Nature, 2016) documentent un « îlot de chaleur photovoltaïque » de +3 à +4 °C la nuit au-dessus du parc, au contact des maisons riveraines.
« 0 g CO₂/kWh » annoncé (faux), fabrication de 11 772 panneaux importés (~14 000 t CO₂) et destruction de ~10 000 arbres ignorées, « 2 650 t évitées/an » gonflées ~4× : le vrai retour carbone est de 9 à 18 ans — nul sur des toitures déjà bétonnées.
Marguerittes est une commune officiellement et régulièrement inondée : la base GASPAR des services de l'État recense sept reconnaissances de catastrophe naturelle « inondations » entre 1982 et 2005 (dont les crues historiques de 1988, 2002 et 2005). Or la colline du Montrodier est la tête de bassin du Valat du Bartadet (affluent du Vistre) : les relevés IGN BD TOPO® montrent que ce cours d'eau prend sa source sur l'emprise même du projet, avant de descendre vers le Mas Praden, de longer l'A9 et de rejoindre le Vistre.
Défricher plus de 8 hectares en tête de bassin, c'est aggraver le ruissellement là où il naît, vers un exutoire déjà entravé par la digue de la voie ferrée — pendant que l'aval s'imperméabilise (padel et dalle béton du Parc du Mas Praden en zone inondable du PPRI).
En 2002, l'eau dévalait le chemin du Montrodier au point que « la buse sous l'autoroute ne pouvait contenir l'eau, qui se déversait sur l'A9, même par faibles pluies » (attestations de riverains). Cartes IGN, photographies et chronologie des crues sont réunies sur une page dédiée.
Au-delà des enjeux de terrain, le projet est marqué par plusieurs irrégularités juridiques objectivables :
Ces moyens, articulés dans un mémoire complémentaire constitué par le collectif, peuvent — à eux seuls — fonder l'annulation contentieuse de la délibération du 3 septembre 2025.
Les démarches juridiques sont engagées par le collectif. Les associations citoyennes — Comité du Mas Praden, Bien Vivre au Mas Praden, CHAM, Sentinelles des Garrigues, FACEN, GNSA — y travaillent depuis plus d'un an. Vous pouvez les rejoindre.
Le récapitulatif complet des sept enjeux et la documentation complémentaire constituée par le collectif sur les insuffisances de la procédure.
Documents officiels →