Analyse du Projet de Plan Local d’Urbanisme de Marguerittes
Résumé Exécutif
Le projet de Plan Local d’Urbanisme (PLU) arrêté pour la commune de Marguerittes introduit des modifications réglementaires substantielles visant à une densification significative du territoire. Les principaux leviers de cette transformation sont l’augmentation des hauteurs de construction dans certains secteurs (jusqu’à R+2 avec attique), l’instauration d’une servitude de mixité sociale imposant 30 % de logements sociaux dès la création de trois logements, et l’accroissement de l’emprise au sol autorisée dans les zones pavillonnaires (UC et UD).
Une controverse majeure émerge autour des projections démographiques. Les critiques opposent les chiffres officiels de l’INSEE (8 370 habitants en 2022), jugés obsolètes, à une population actuelle estimée à 8 750 habitants. Elles avancent que le potentiel de construction réel du PLU, incluant la densification des zones pavillonnaires, pourrait porter la population à près de 9 700 habitants, un chiffre bien supérieur aux objectifs affichés.
Des préoccupations importantes sont également soulevées quant à la transparence et à la maîtrise du développement. L’absence d’Orientations d’Aménagement et de Programmation (OAP) par secteur, pointée par les services de l’État, fait craindre une “densification anarchique”. La planification d’un nouveau groupe scolaire de huit classes est perçue comme la confirmation d’une croissance démographique non avouée. Enfin, la nature du PLU est remise en question, certains le qualifiant de document “électoral” et incomplet, voué à être modifié après son adoption.
1. Modifications Réglementaires et Impacts sur l’Urbanisme
Le projet de PLU modifie en profondeur les règles de construction, avec des conséquences directes sur la densité, la typologie des bâtiments et le paysage urbain de la commune.
1.1. Augmentation des Hauteurs de Construction (Zone UB)
Le règlement instaure une nouvelle sectorisation de la zone UB, créant des gabarits de construction différenciés et significativement plus élevés qu’auparavant, ouvrant la voie à une “verticalisation” de certains quartiers.
Secteur | Hauteur au Faîtage | Hauteur à l’Égout | Nombre de Niveaux Maximum |
UB | 10 m | 8 m | R+1 |
UB1 | 14 m | 12 m | R+2 avec attiques = soit 4 niveaux |
UB2 | 11 m | 9 m | R+2 |
Conséquences identifiées :
- Réduction de l’ensoleillement pour les propriétés voisines.
- Augmentation des vis-à-vis.
- Création d’un “effet canyon” dans les rues.
- Pression accrue sur le stationnement.
1.2. Instauration d’une Servitude de Mixité Sociale
Une nouvelle règle impose la production de logements sociaux dans les programmes immobiliers, y compris de petite taille, ce qui modifie l’économie des projets et peut accélérer la transformation du bâti existant.
- Règle Générale (Zones UA, UB, UC, UD) : Pour tout programme de 3 logements ou plus sur une même unité foncière, 30 % des logements créés doivent être des logements sociaux.
- Règle Particulière (Zones UB1 et UB2) : Le seuil est porté à 10 logements. Le programme doit alors comporter 30 % de logements sociaux et 10 % de logements en Bail Réel Solidaire (BRS).
Conséquences identifiées :
- Cette règle, s’appliquant dès 3 logements, rend possible la transformation d’une maison individuelle sur une parcelle unique en un “petit collectif mixte”.
- Modification de la rentabilité et de la typologie des opérations de promotion immobilière.
1.3. Densification des Zones Pavillonnaires (Zones UC et UD)
Le rapport de présentation du PLU indique une augmentation de l’emprise au sol autorisée dans l’ensemble des zones pavillonnaires (UC et UD). Cette mesure est présentée comme un levier de “densification massive” sur une surface estimée à 14-15 hectares.
- Objectif de densité : Le PLU permettra de faire passer la densité de ces zones de 15 à 35 logements par hectare.
- Exemple concret : Sur une parcelle de 500 m², il deviendrait possible de construire un bâtiment de 3 logements en R+1, déclenchant ainsi l’obligation de mixité sociale.
Conséquences identifiées :
- Augmentation mécanique de la densité bâtie.
- Imperméabilisation accrue des sols et augmentation du ruissellement.
- Pression sur les voiries, les réseaux et le stationnement.
- Disparition progressive des jardins et des espaces de pleine terre.
2. La Controverse sur les Chiffres Démographiques
Un point de friction central concerne les données démographiques utilisées pour justifier le PLU, accusées d’être obsolètes et de masquer l’ampleur réelle de la croissance démographique à venir.
2.1. Données de Référence vs. Réalité du Terrain
La municipalité base son projet sur les données officielles de l’INSEE, qui ne reflètent pas les constructions récentes.
- Chiffre Officiel : La population de référence légale pour 2025 est de 8 370 habitants, basée sur un recensement datant de 2022.
- Réalité Revendiquée : Les critiques affirment que la livraison de 270 logements depuis 2023 porte la population réelle actuelle à 8 750 habitants. L’objectif de 8 750 habitants fixé par la mairie pour 2035 serait donc déjà atteint.
2.2. Projections de Croissance et Potentiel Caché
Les opposants au projet avancent un calcul alternatif intégrant non seulement les projets immobiliers annoncés, mais aussi le potentiel de densification “caché” des zones pavillonnaires.
Étape de Calcul | Nombre d’Habitants Ajoutés | Population Totale Projetée | Description |
Socle Actuel (2025) | – | 8 750 | Population réelle revendiquée, incluant les 270 logements livrés depuis 2023. |
Projets Avoués | + 480 | 9 200 | Basé sur 240 logements supplémentaires annoncés (dont 96 sociaux), avec un ratio de 2 hab./logement. |
Potentiel de Densification | + 400 | ~9 600 – 9 700 | Basé sur la densification des 15 ha de zones pavillonnaires, estimée à environ 200 logements supplémentaires. |
Cette projection finale amène la population potentielle aux portes des 10 000 habitants.
3. Points de Vigilance et Critiques sur la Méthode
Au-delà des aspects réglementaires et chiffrés, des critiques de fond sont formulées sur le manque de maîtrise, de transparence et la finalité du document d’urbanisme.
3.1. Absence d’Encadrement Global (OAP)
Il est rapporté que les services de l’État (Préfecture) ont exprimé leur inquiétude face à la disparition des “Orientations d’Aménagement et de Programmation” (OAP) qui encadraient auparavant le développement par secteur.
- Risque identifié : Cette absence de vision d’ensemble est décrite comme “la porte ouverte à une densification anarchique non maîtrisée”, où chaque projet est optimisé à l’échelle de sa parcelle sans cohérence globale.
3.2. Adéquation des Équipements Publics
Le projet de construction d’un nouveau groupe scolaire de 8 classes est interprété comme la preuve matérielle que la municipalité anticipe une croissance bien supérieure à celle officiellement annoncée. Cet équipement est jugé dimensionné pour une population approchant les 10 000 habitants, en cohérence avec le potentiel de densification maximal du PLU. Des demandes de transparence sont formulées pour obtenir la publication des études relatives à la capacité des infrastructures :
- Eau potable et assainissement.
- Gestion du pluvial et du ruissellement.
- Accès pour les services de secours (défendabilité incendie).
- Impact sur le trafic et le stationnement.
3.3. Un PLU jugé “Électoral” et Incomplet
Le document est qualifié de “trompe-l’œil”, destiné à être voté dans une version “rassurante” avant les élections, mais voué à des modifications ultérieures. Deux exemples sont cités pour étayer cette affirmation :
- Quartier de la Gare : Le Maire aurait admis que ce secteur, visé par des demandes d’évolution de Nîmes Métropole, devra faire l’objet d’une modification du PLU juste après son adoption.
- Zone de Captage : L’État chercherait à réduire le périmètre de protection de l’eau, ce qui permettrait d’ouvrir de nouvelles zones à la construction.
Un message d’alerte spécifique est formulé à l’attention des propriétaires en zones pavillonnaires, soulignant que le PLU permettrait l’insertion de près de 200 logements “collectifs ou denses” au cœur des quartiers existants sur les 15 hectares ciblés.
Conclusion
En conclusion, le projet de Plan Local d’Urbanisme (PLU) présenté par la municipalité de Marguerittes apparaît en l’état irrecevable au regard de la sécurité publique et des exigences environnementales en vigueur.
D’une part, la volonté de densification excessive, couplée à l’absence flagrante d’études préalables sur les risques de ruissellement, expose directement les administrés à un danger d’inondation accru, par l’imperméabilisation incontrôlée des sols. D’autre part, ce document semble faire fi des mises en garde des services de l’État, privilégiant des orientations électorales de court terme au détriment de la protection des biens et des personnes.
Au nom du principe de précaution et du respect de l’Article L101-2 du Code de l’urbanisme, il est impératif que ce PLU soit rejeté ou profondément remanié. L’intégration de mesures compensatoires de gestion des eaux de pluie et une réévaluation de la densité urbaine sont des conditions non négociables pour garantir un développement communal sûr et durable.





































